INVITATION
RENOUER labofiction
Marais Biestebroeck
Dimanche 26 juin 15h30-18h
Nous sommes en juin 2030, au Marais Biestebroeck dans le quartier de Cureghem, au bord du canal à Bruxelles. Ce lieu est devenu emblématique de la lutte populaire pour l’habitabilité et contre la spéculation immobilière suite à la victoire de 2028. Celle-ci a permis de le reconnaître comme un foyer central de la biodiversité en ville, et l’a consacré en véritable symbole de l’alliance interspécifique victorieuse, notamment grâce à l’alliance qu’on opéré les habitantEs du quartier avec la renouée du Japon.
Aujourd’hui, nous vous accueillons, vous, groupe de scientifiques venuEs des quatre coins de la région, dépêchéEs par les nombreux marais en lutte qui ont rejoint l’Alliance des Zones Humides Résurgentes. Notre mission sera de réaliser une cartographie des usages et relations entre les différentes espèces qui habitent le marais.
RECIT PAYSAGE
> INTRO
Bienvenue à toutes et à tous
Nous sommes ravies de vous accueillir en ce jour printanier de l’année 2030 au Marais Biestebroeck. Merci d’avoir répondu présentes à l’invitation de l’Alliance Internationale des Zones Humides Résurgentes. C’est un grand plaisir de voir ici réunies toutes ces représentantes des marais en lutte.
Nous n’avons pas fait le choix de nous réunir ici par hasard. Comme vous le savez, le marais Biestebroeck est devenu ces dernières années un véritable symbole de l’alliance interspécifique, depuis la victoire de 2028 et son classement comme zone protégée. Celui-ci ayant permis d’écarter pour toujours la menace d’imperméabilisation et de privatisation qui pesait sur ce lieu.
Permettez-moi ici de faire un bond dans le passé afin de nous remémorer les différentes étapes qui nous ont mené jusqu’ici ; même si je me doute bien que vous ayez déjà entendu cette histoire des centaines de fois au vu du retentissement international qu’elle a eu…
> HISTORIQUE MARAIS
À la période industrielle, apogée du capitalocène*, ce lieu fut utilisé par une société pétrolière dénommée Shell, comme stockage d’hydrocarbures entre 1930 et 1994 – date de cessation des activités.
En 1998, un premier promoteur tente un premier projet immobilier sur l’îlot Shell et excave 40 000 m³ de terres polluées, créant une dépression. Le site reste à l’abandon et se remplit progressivement d’eau. L’îlot Shell devient le Marais Biestebroeck. Plusieurs projets de promoteurs de succèdent, facilités par divers trafics d’influence et délits d’initiés de la part d’acteurs publiques à la tête de la commune et de la région. Ex : marina pour yachts bordée de logements de luxe en 2011.
Au début des années 2020, et en réaction à ces projets successifs indécents qui visent à privatiser et imperméabiliser la parcelle, dans une période où la spéculation immobilière fait rage et où la menace de gentrification du quartier est maximale, un collectif de lutte se monte pour défendre le marais : l’alliance du marais Biestebroeck.
Ce collectif a la particularité, dès le départ, d’allier lutte sociale à lutte environnementale. Avec le recul, nous pensons que c’est grâce à cette configuration initiale que l’alliance a pu progressivement inclure les vivants non-humains dans l’alliance, et bénéficier des connaissances apportées par ceux-ci pour atteindre la victoire.
En effet, dès 2025, c’est entre autres grâce à la présence sur le site de la renouée du Japon qu’une tentative de démolition a pu être arrêtée. Pour mieux comprendre la teneur exceptionnelle de ce tournant il nous faut à nouveau faire un saut dans le passé, et vous expliquer comment cette espèce, qui est devenue depuis l’emblème du marais, était considérée à l’époque.
> RENOUÉE DU JAPON
Au début du XIXe siècle, alors que les empires coloniaux sont vivent leur âge d’or, un officier colonial allemand se faisant passer pour hollandais, ramène d’une de ses expéditions la renouée du Japon en Europe, pour agrémenter son jardin à Leiden aux Pays-Bas. En 1847, elle est médaillée « plante ornementale la plus intéressante de l’année » par la société d’agriculture et d’horticulture d’Utrecht, et est considérée comme ayant une « haute valeur ornementale ». Cinquante ans plus tard on dit de cette espèce qu’elle est nuisible et envahissante. En 2000 elle est inscrite sur la liste des “100 espèces exotiques invasives envahissantes les plus néfastes du monde”. En Asie de l’Est (Japon, Corée, Taïwan et Chine) d’où elle est originaire, elle est une espèce pionnière, première à repousser sur les coulées de lave après une éruption volcanique. En se décomposant, elle enrichit et modifie le sol pour ensuite laisser la place à de nouvelles espèces végétales. En Europe, on la trouve surtout sur le lit des cours d’eau aménagés (comprendre : régulés, humanisés, bétonnés). Indésirable par excellence, elle contribue cependant à limiter l’érosion sur les berges des cours d’eau et sert de refuge à la faune sauvage. Contrairement à d’autres variétés de sa famille (rhubarbe, sarrasin, etc.) elle n’est pas exploitée.
De 2024 à 2025, le Port de Bruxelles entreprend de grandes opérations expérimentales de lutte contre la renouée du Japon : arrachage intensif, bâchage, toile de jute, . Les panneaux d’affichages des berges du canal la décrivent comme « une plante envahissante qui peut causer des problèmes écologiques en modifiant les écosystèmes locaux ».
> ALLIANCE INTERSPÉCIFIQUE
En janvier 2025, une pelleteuse détruit en trois heures 2000m2 de la parcelle. Ce chantier organisé par le promoteur Vervoordt, propriétaire du terrain, a pu être arrêté grâce à la mobilisation d’un groupe de riverains. Bruxelles Environnement demande l’arrêt des travaux, non pas pour préserver le lieu de vie des espèces protégées présentes sur place, mais parce que des « espèces exotiques invasives [notamment la renouée du Japon] sont présentes sur la parcelle et qu’aucune mesure ne semble être prise par le propriétaire pour éviter que les travaux ne favorisent leur propagation ».
Les raisons qui justifient l’arrêt de la destruction sont alors perçues de manière plutôt cocasse. Ce n’est que plus tard que l’alliance prend conscience du potentiel en germe dans cet événement : la renouée du Japon, alors considérée comme une menace pour la biodiversité, vient de sauver les autres espèces, qui elles, mériteraient d’être préservées.
Dans les années qui suivirent, cet événement fut à l’origine d’un programme de recherche d’une grande ampleur. Des spécialistes en thérolinguistique et des chercheuses dissidentes ayant particpé au grand mouvement de ***-out des universités occidentales, se rassemblèrent pour fomenter une alliance interspécifique de lutte contre les projets de bétonnisation des zones humides. Grâce notamment à deux traductrices thérolinguistes, une communication a pu être établie entre les humain-es et les renouées du Japon. Celle-ci a permis de mieux comprendre cette espèce végétale mal-aimée, et de faire valoir leurs besoins spécifiques et leur place dans ces écosystèmes.
> RETOUR AU PRÉSENT
C’est dans le cadre de la continuation de ce grand projet de recherche que vous êtes aujourd’hui conviées ici. Car si le marais Biestebroeck a pu être sauvé de la prédation financière, ce n’est malheureusement pas encore le cas pour l’ensemble des Zones Humides Résurgentes. Il nous incombe alors de poursuivre l’étude de la cohabitation et de la négociation entre la renouée du Japon, les humaines, et les autres espèces animales et végétales qui habitent ce lieu, pour que ces recherches puissent être utiles aux autres marais en lutte.
> ÉTAPES DU TRAVAIL
De quelle zone humide résurgente viens-tu ?
À quoi ressemble ta communauté ?
Quel est ton rôle dans cette communauté ?
Quels sont tes domaines de recherche préférés ?
Quel groupe de travail veux-tu rejoindre ? (renouée, humain-es, autres espèces)
Dans chaque groupe de travail :
Présentation
Rencontre (?)
Cartographie collective
> dessin sur la carte et préparation d’un résumé des recherches pour l’archiviste : choisir dans le groupe une personne qui ira voir l’archiviste pour lui raconter (rappel : en 2030 il n’y a plus que les hommes cis qui se sentent légitimes d’être porte-parole^^)
Transmission du résumé des recherches dans le studio d’enregistrement de l’archiviste
Assemblée
Pépite / épine
@Phonia @jean-baptiste Z’en pensez quoi?